Présidentielles 2007 : les sondages en question
C’est devenu un rituel quasiment quotidien : la parution du dernier sondage annonçant la configuration des intentions de vote pour le 1er voire le 2nd tour des élections présidentielles du mois de mai…
En 2002, faut-il le rappeler, Jean-Marie Le Pen se hissait au deuxième tour de l’élection présidentielle, déjouant par là même la totalité des prévisions faîtes jusque là par les différents instituts de sondage.
Nouveauté de ce crû 2007, les sondages ne se contentent plus de nous montrer les intentions de vote pour le 2nd tour entre les deux candidats favoris pour y participer : ils multiplient les configurations possibles et entre des candidats dont les intentions de vote pour le 1er tour sont pourtant insuffisantes pour qu’ils puissent prendre part au duel final. C’est ainsi que l’on a pu apprendre il y a quelques jours que François Bayrou, en 3ème position à l’issue du 1er tour, serait toutefois élu président dans un second tour qui l’opposerait à Ségolène Royal comme à Nicolas Sarkozy.
Une manière pour les instituts de sondage d’éviter toute accusation de ne pas avoir anticipé les résultats du 1er tour comme en 2002. C’est ainsi la carte du “tout est possible” qu’ils jouent. Le problème, c’est que le nombre de sondages s’en trouve multiplié, au risque de noyer le citoyen dans la confusion.
Le sondage reste toutefois un instrument utile, à la fois pour les candidats et pour les citoyens. Au candidat, le sondage permet d’organiser sa campagne, de l’impulser, voire de la redessiner. Il suffit de regarder comment Ségolène Royal tente de trouver un second souffle (réorganisation de l’équipe de campagne, création de moments forts avec la parution du programme en 100 points, de grands meetings ou une émission de télévision…) après une série de sondages catastrophiques ces dernières semaines. Autre exemple, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal commencent à “taper” sur le candidat Bayrou qui commence à faire peur au vu des derniers sondages déjà cités plus haut.
Au citoyen, le sondage donne des repères et lui indique quelle sera son influence au moment de voter. Dans l’idéal, il lui fera prendre conscience qu’il a un rôle à jouer et diminuera ainsi l’abstention. Bien que la multiplication des sondages ces dernières années n’aille pas de paire avec un amoindrissement de l’abstention…
Le sondage est donc intéressant à condition d’être averti et vigilant. Ainsi donc, au moment d’en consulter un, intéressez vous toujours aux conditions dans lesquels il a été réalisé (en général, ce qui est écrit en tout petit en dessous). Parmi ces renseignements, la date est un élément primordial, car entre la réalisation et la publication du sondage plusieurs jours peuvent parfois s’écouler (pendant lesquels a pu avoir lieu un événement majeur voire décisif pour la campagne). Enfin il faut savoir que la question posée aux sondés n’est jamais neutre dans sa formulation et influencera ainsi la réponse.
Le sondage ne restera qu’un indicateur, à l’heure qu’il est votre vote n’est d’ailleurs certainement pas arrêté…






















Ah ! rasante campagne
Tumultueuse marche vers le premier tour, les parades de la campagne laissent émerger les caractères des prétendants et l’agitation plus ou moins stratégique de leur équipe respective. Les thèmes s’égrènent au fil des urgences artificielles : la frénésie médiatique détermine la hiérarchie du jour.
La plongée dans l’histoire des présidentielles, ou de certaines municipales, provoque une nausée fascinée par les coups sans pitié portés entre adversaires. A visionner quelques documentaires, « Valéry Giscard d’Estaing ou le théâtre du pouvoir », « François Mitterrand : le roman du pouvoir », « Chirac jeune loup et vieux lion », et l’édifiant « Paris à tout prix », on en sort convaincu : meurtre du rival excepté, rien ne différencie les mœurs politiques actuels de ceux des temps antiques.
Abreuvé d’analyses, je tente de surnager face aux multiples positionnements des uns et des autres. L’instinct, le ressenti m’incline à croire à un remake de la version 74. Douze candidats parmi lesquels le Bayrou en phase ascendante.
Alors qu’à droite, hors centre, la bipolarisation s’affirme entre un extrême populiste et une droite marquée (n’oublions pas, avec quelque effort amusé, l’épiphénomène de Villiers), la gauche, elle, n’a tiré strictement aucun enseignement de l’émiettement de 2002 et s’est obscènement assise sur ses promesses d’union suite au front hystérique contre le traité constitutionnel. Pathétique spectacle d’une gauche qui s’octroie le luxe suicidaire de multiples candidatures.
Cela nourrit-il seulement le débat de fond sur la gestion et les réformes nécessaires pour un pays timoré ? La France, pays dont la jeunesse, quarante ans après 68, ne se bouge plus que pour revendiquer toujours plus d’Etat, de sécurité de l’emploi et pour ânonner ses angoisses sur une incertaine retraite.
L’offre politique s’est donc mise à l’aune des desideratas des populations françaises. Chaque chapelle se fait fort de combler les attentes de son public portant des artistes plus ou moins talentueux, mais indubitablement opportunistes.
Que croire : la sérénade révolutionnaire qui veut enfler l’Etat comme aux plus sombres heures du soviétisme ou l’antienne libérale dont la confiance dans les marchés frise avec l’aberration de la génération spontanée. La rapide étude des comportements des financiers, traders et autres boursicoteurs permet de saisir le poids d’un panurgisme délétère, et les vagues d’un irrépressible grégarisme. La simple rumeur dépréciative sur une société peut, par l’effet domino, occasionner une baisse notable du cours en bourse lequel impliquera, parfois sans fondement tangible, une atteinte à l’emploi réel.
A l’occasion des cinquante ans du traité de Rome, aucun des candidats français n’a la crédibilité pour initier une nouvelle impulsion au bourbier à vingt-sept qui a usurpé deux élargissements aux peuples européens avant même d’avoir le fonctionnement institutionnel adapté. Sans aucun doute la pire gourde du Conseil européen, prétendue clef de voûte qui a tout fait capoter.
Cette campagne se pare des quelques sujets nationaux, du bien franco-français, qui irriguent les préoccupations du peuple sans, à aucun moment, qu’un des candidats n’avoue que la destinée de notre pays est majoritairement dépendante de facteurs européens et mondiaux… sauf si nous tenons à prendre comme modèle la Corée du Nord. Un chômage consubstantiel à nos mœurs économico-publics incapables de réformes libératrices et qui donnent encore la prime à la manne étatique qui calfate sans compter. Des fonctionnaires, trop protégés par des décennies de démagogie et de lâcheté politiques, qui n’admettent pas qu’on rogne leurs sacro-saints acquis sociaux, quitte à risquer l’implosion du système. La lubie d’un changement de République (évoqué par les antigaullistes dès l’élection de 1965) qui voudrait doper le Parlement et faire accroire qu’un changement de numéro romain résoudrait le mal français tout comme certains imposteurs ont défendu qu’un rejet de la constitution européenne éviterait la déferlante libérale.
Les discours ne doivent plus leurrer : ils ne servent pas la cause nationale, mais les seules ambitions personnelles. Chacun s’essaye, comme à chaque consultation électorale, au ratissage des voix selon son ancrage.
Paradoxe des postures : les anciens cumulards des candidatures campent le rôle des piques et de la verdeur révolutionnaire : la rupture extrême s’incarne chez les papy Le Pen et mamie Laguiller, alors que les primipares présidentiables sont les mastodontes susceptibles de l’emporter.
Jacques Chirac va donc passer le relais du pouvoir en bien meilleure santé que son admiré prédécesseur. Il pourra ainsi se consacrer à son autre passion, après l’inavouable goût pour la conquête : l’influence humaniste à l’échelle d’une planète toujours plus complexe. L’hommage quasi unanime a ses élans verbaux, sur la scène internationale, à propos des grands sujets de notre « maison [qui] brûle » a tracé sa marque dans l’histoire : la présidence de la parole.
Petit instantané abrupt, sans prétention idéologique, d’une campagne finalement très banale… le résultat le sera-t-il tout autant ?
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La France est un pays de république dont les valeurs sont liberté, égalité et fraternité. Si Nicolas Sarkozy est élu au second tour alors nous pourrons nous demander où sont passées ces valeurs? En effet, ce serait une extrême décéption si les français votaient à un candidat fachiste qui se fait passer pour un démocrate libéral, alors qu’en réalité il n’est que l’égale de Jean-Marie Le Pen.
Il ne reste plus qu’à espérer que le 6 mai 2007 les français auront un vote résponsable et conséquent.