CultureSire Cédric, le retour du romantisme noir au 21è siècle?

sire_cedric.jpg “Tableaux oniriques obsessionnels”. Voilà comment Sire Cédric décrit ses oeuvres. Ce jeune auteur toulousain (né le 24 octobre 1974) fait parti de ce que l’on pourrait appeler le “renouveau fantastique”: il rejette les créations intellectuelles et limitatives et leurs préfère une écriture instinctive, “viscérale” comme il aime à le dire. Ses textes se veulent donc purs divertissements mêlant magie, violence, réalité, hystérie, autant de paradoxes qui mênent le lecteur au paroxysme de l’horreur fantastique, une horreur calculée, si proche de nous qu’elle en deviendrait obsédante. Mais aucune crainte à avoir, Sire Cédric ne nous gratifie pas de gore à outrance, il se sert simplement mais efficacement de nos angoisses et de nos fantasmes pour parfaire une écriture border line, dans un “entre-deux” effrayant et fascinant. Il joue sur la normalité apparente et sur l’irruption soudaine du fantastique dans un environnement d’aspect banal, rassurant. Et si beaucoup voient en lui un “personnage” atypique, il faut également le considérer comme une valeur montante de la littérature fantastique française. Publié le plus souvent en anthologies (Baisers de sang d’Alain Pozzuoli en 2000 pour n’en citer qu’une), il est entré dans la sphère de l’écriture professionnelle avec Déchirures, recueil regroupant 9 de ses nouvelles publié en 2005 aux éditions Nuit d’Avril qui fut très bien accueilli par la critique:

- ” Ce recueil est complètement flippant. Plus j’avançais dans ma lecture, plus je passais de l’autre côté du miroir. Tous les monstres rencontrés sont sous mon lit, tapis dans mon placard, à attendre dans ma cave […]” - Science Fiction magazine

- “Neuf nouvelles où se dessine un univers violent, rouge, à la sexualité rampante… Une prose vivante au service d’histoires captivantes.” - Elegy

- “Le dénouement surprend, après un long suspens, une montée vers l’horreur, qui conduit le lecteur à croire quelque chose, puis son contraire, comme un escalier en spirale qu’on gravirait en perdant tout sens de l’orientation jusqu’à l’apogée, étonnante…” - NooSFere

- “Un recueil à découvrir absolument et à savourer lentement.” - Les chroniques de l’Imaginaire

Pour mieux cerner le créateur et sa création, voilà quelques questions auxquelles il a bien voulu répondre:

Dans Déchirures tu abordes différents sujets « tabous »… Pourquoi de tels choix littéraires ? Qu’est-ce que ces choix engendrent par rapport à l’acte d’écriture ? De nouveaux codes ? L’absence de limites ? Un cadrage narratif plus restreint ?

Non, pas du tout, il s’agit simplement d’une façon personnelle de poser le regard sur le monde. Je ne cherche absolument pas à choquer, ou à pousser les limites, comme certains lecteurs peuvent le croire parfois. Bien au contraire. J’essaie de travailler sur l’être humain et ce qu’il est, au plus profond de lui. D’où ce lien qui me fascine, encore une fois, entre la chair et les fantasmes. L’acte sexuel, par exemple, est un de ces rares instant où le corps et l’âme fusionnent, bel et bien : la chair, de par ses stimulations, atteint des sensations qui relèvent de l’invisible et de l’absolu, le corps est transcendé, tandis que tout ce qui était émotion, et sentiment, se matérialise concrètement dans la chair, qui est en train de réaliser techniquement ses fantasmes et envies auparavant abstraits. En d’autres termes, l’esprit devient chair et la chair devient esprit, et l’un n’est plus vraiment dissociable de l’autre. Tout le concept est là. Je l’étends simplement à tout le reste, car c’est ma façon de percevoir la réalité à tous les niveaux. Mais je suppose qu’on peut voir cela comme une recherche de cadrage le plus intime et intériorisé possible.

Quelle est pour toi l’originalité de ton écriture, ton innovation?

Difficile à dire, car il faut un sacré recul, et une sacré prétention, pour décréter qu’on apporte quoi que ce soit à la littérature ! Tout ce que je peux dire, c’est que j’essaie constamment de lier le physique et l’invisible, en essayant de fuir l’abstrait. Je magnifie donc le visuel, et autant que possible j’essaie de faire glisser l’esprit du lecteur en le dirigeant, par des phrases qui vont évoquer une sensation en lui. Ce n’est pas forcément une originalité, mais en tout cas le travail sur la forme me semble plus poussé chez moi que chez la plupart des auteurs actuels, qui ont tendance à davantage privilégier le côté abstrait ou les bons mots.

Quels sont les auteurs qui t’inspirent, te fascinent ?

Clive Barker. Car cet auteur anglais parvient à atteindre cette chose qui me fascine en littérature : dépasser le cadre du récit et parler de l’universel. Je constate que la plupart des œuvres dites de littérature générale y échouent lamentablement alors qu’elles en ont la prétention. Clive Barker parvient à le faire dans chaque ligne de dialogue la plus anodine. Chacun de ses textes est une leçon d’écriture pour moi.

Passer de nouvelles à un roman, une étape difficile ?

Pas vraiment. Ma technique d’écriture reste exactement la même. J’écris un premier jet fleuve, au fil de mes pulsions, et ensuite je retravaille, je coupe, je polis. Et le travail stylistique est identique, lui aussi. Tout dépend seulement de l’envergure du texte qui se dégage. Lorsqu’il y a beaucoup de matière, cela devient un roman, de fait. Lorsque tout est contenu en une vingtaine de pages, c’est une nouvelle. J’ai achevé il y a peu une novella de 100 000 signes, je ne pouvais pas faire plus court au vu de tout ce qu’il s’y déroule, mais je n’avais pas envie de trop pousser le développement non plus, car l’histoire me semblait fonctionner ainsi. Ce texte sera au sommaire de mon prochain recueil. En littérature blanche, cette longueur aurait pu passer pour roman sans problème. Dans le marché des littératures de l’imaginaire, c’est plus court qu’une nouvelle de Stephen King. Tout est donc bien relatif.

Penses-tu qu’on peut te rattacher au mouvement du romantisme noir du 19e siècle ?

Dans l’approche, et dans les thèmes, peut-être. Je pense aux Chants de Maldodor [Lautréamont] notamment. Du point de vue strictement technique, par contre, je suis assez loin du courant classique de par la concision de mon style. Et enfin, de mon point personnel avec tout ce qu’il a de subjectif, je cherche juste à écrire des histoires personnelles, et ça me semble être tout simplement une démarche de littérature générale, non ?

Son actualité? Un recueil en 2005, un roman en 2006 (Angemort publié également aux Editions Nuit d’Avril) et dès septembre, un nouveau recueil, Dreamworld, mêlant d’anciennes nouvelles et de nouvelles créations, une sorte de best-of que ses lecteurs attendent avec impatience… à suivre !

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2 commentaires

  1. Pressée de déguster le prochain !

  2. […] avait déjà parlé de ce jeune auteur [ Sire Cédric ou le retour du romantisme noir], comme annoncé dans ce précédent article, cet auteur toulousain est de retour chez les […]

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