Marges de manoeuvre : de l’impuissance des politiques
A l’heure même où l’Assemblée Nationale commence les débats sur le budget 2008, où les sentences du Grenelle de l’environnement se dessinent, où les nouvelles mesures fiscales voient le début de leur application, où l’amendement sur l’utilisation de test adn s’apprête à être entériné, où de nouvelles lois se superposent à celles non encore appliquées dans le domaine de l’immigration, où les réformes des retraites s’engagent avec détermination, on peut remarquer un point commun à toutes ces mesures: l’action des politiques se réalise-encore- à la marge.Prenons chaque point, un par un: il faut savoir que, quand nos députés et le gouvernement entament leur travail sur le budget de la nation, celui-ci est déjà fixé à 99,94%(cf. bfm radio pendant la campagne présidentielle). Oui, ces grands débats médiatisés, ce travail colossal de l’assemblée nationale, ne concerne que 0,06% des sommes investies pour le fonctionnement de notre pays. Autant dire que tout est déjà scellé, tout est dit ou presque quant aux orientations économiques à prendre. La seule variable, et le seul espoir, en la matière, sur lequel s’appuie le gouvernement, est l’indice de croissance. L’espoir est placé a 2,25%. Les analystes économiques parle d’une prévision à 1,8%. Sans même parler du paquet fiscal, on constate que l’action budgétaire relève quasi de l’inaction.
Deuxième point: il est désormais possible de gagner plus d’argent qu’auparavant, suite à l’allègement des charges sur les heures supplémentaires. Mais ceci, les économistes le disent, n’est qu’un préambule : il faut bien sûr avoir un travail, que ce travail ait une pénibilité réduite (un ouvrier en métallurgie va-t-il souhaiter mettre sa santé dans la balance avec son portefeuille ?), que la conjoncture économique soit favorable,que les heures supplémentaires existantes soient déjà payées, que le patron puisse accorder ces dites heures…cela fait beaucoup de « si » pour une mesure qui représente à elle seule le symbole du relèvement de la croissance. La marge (possibilité de levier) se rétrécit encore, si l’on constate simplement la conjoncture actuelle.
Troisième point: on maintient le test ADN, contre vents constitutionnels et marées principielles, on change l’énoncé et la définition de la famille pour les candidats à la nationalité française, on fragilise la cohésion du pays pour une mesure dont on sait qu’elle est vidée de sa substance. Tout ça pour ça.
Quatrième point: avant même le grenelle de l’environnement, le nucléaire, les autoroutes, les voitures autres que pétrole et éthanol,d’emblée, n’entraient pas au débat. Depuis, les discussions, qui ont le mérite d’exister, et les mesures à venir semblent se bloquer face à la pression sans relâche des lobbys. La question n’est plus «comment cela va changer? », mais « que va-t-il rester des changements espérés? ».
Cinquième point : la réforme des retraites, dite nécessaire par tous, semble s’engager sur le mode du conflit. Parce que l’on s’intéresse à la marge, c’est à dire à 6% du budget des retraites, c’est à dire aux régimes spéciaux, symbole très fort des avancées sociales dans notre pays . La réforme pourrait s’arrêter à cette marge-là.
Cette perpétuelle impuissance des représentants de la nation révèle plusieurs dysfonctionnements : l’accointance et la proximité trop grande entre le pouvoir public et le pouvoir privé ; le carriérisme politique, qui oblige à d’abord séduire l’électeur pour une réélection toujours prochaine, et qui empêche le désintérêt nécessaire à la fonction d’élu; le manque de vision, pris dans le rythme effréné électoral, qui pousse au pragmatisme mais à aucune hauteur de vue que nécessite la place du législateur et la place du pouvoir; le manque d’information, voire l’absence, concernant les lois européennes qui supplantent ou s’ajoutent aux lois françaises.
La seule véritable marge de manoeuvre du pouvoir politique réside moins dans la construction d’un projet ambitieux, que dans la déconstruction d’un système dont on laisse entendre qu’il serait obsolète.






















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