La Croisée des Mondes : l’amateur déboussolé
Bilan mitigé pour ce premier opus : il n’y a rien à reprocher à l’esthétique du film mais c’est sans conteste sur le contenu que cette adaptation pèche. Pression des producteurs ou choix du réalisateur, le roman de Pullman a été considérablement appauvri.
Si le film est très agréable à regarder pour ses décors, paysages et villes réinventés, on devine une imagination un peu bridée par les monstres cinématographiques de ces dernières années : il y a du Harry Potter dans la manière de filmer les mouvements de foule et les objets merveilleux, et du Seigneur des Anneaux dans le survol des immenses paysages et dans la bande originale. D’une manière générale, la noirceur du livre est estompée afin de répondre à un public enfantin en ces veilles de Noël.
Les personnages ne sont pas fouillés, voire caricaturés. La sorcière Sérafina Pekkala a des allures de mystique manquée, le roi des Gitans, à grand renfort de plans rapprochés et de grosse voix (française), fait plus sourire que trembler. Mais le réalisateur a surtout aplani les personnalités troubles de Mme Coulter et de Lord Asriel : elle se transforme en mère aimante sans accroc, toute dévouée à la protection de Lyra, lui devient un sauveur de l’humanité très attaché à sa fille. Erreur : ces deux êtres manipulateurs savent ce que représente Lyra et sont tous deux partagés entre un amour sincère pour elle et son utilisation à des fins stratégiques.
Enfin, l’essence même du livre est minimisée. Les questions religieuses et scientifiques ne sont pas confrontées et composent un tableau manichéen du monde : les gentils scientifiques face aux méchants religieux. C’est oublier qu’un scientifique peut être prêt à tout pour prouver une théorie, tout comme un religieux.
Question savamment édulcorée puisque les daemons n’ont qu’un rôle mineur dans cette adaptation. La terreur qu’éprouve l’héroïne à la vue de Billy Costa dépourvu de son daemon peut se résumer, dans le film, à un « c’est pas de bol », même réaction de la part de sa famille quand elle le découvre. Non, l’enfant n’est pas seulement séparé de son compagnon de naissance, il est aussi de son âme ; cet enfant est mort, il n’est plus « entier » et cette vision d’un enfant « coupé » suffit à soulever le cœur de tous ceux qui le voient. Maints indices le soulignent puis le rappellent dans le livre. Evidemment, on comprend mieux dès lors les inepties du film : Bolvangar, la monstrueuse prison des enfants séparés de leurs daemons, est transformée en un lieu vaguement inquiétant, les sorcières se rallient à la cause de Lyra simplement pour ses beaux yeux et la fin du livre est gommée afin d’offrir un happy end réducteur.
Le film est donc très au-dessous de la densité des romans de Pullman. L’adaptation est simplement décevante, on peut rêver que le réalisateur se rattrapera avec la suite. En attendant, on relira avec passion la trilogie.






















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